dalton

FONDS DE TIROIR #5

Une petite note apparemment énervée, retrouvée dans le rabat d’un carnet de 2008 :

Ils me parlent de l’art, de validation de processus et de pratiques amateurs. Tout dans leur discours revêt le formalisme des majuscules, se pare de guillemets et suinte de cette prétention propre à l’italique.

– Il n’y avait que l’art qui pouvait sauver ma vie, Madame, et désormais j’aimerais la consacrer à lancer quelques bouées à la mer des naufragés. –

Madame est visiblement gênée. Elle cherche Monsieur du regard. Heureusement, elle est interrompue par une connaissance. Drôle de mot pour désigner une chargée de projet déguisée selon les codes de son propre corporatisme.

Connaissance, action de la pensée, qui va s’emparer d’un objet.

Ils sont de ceux qui pensent qu’une éducation adéquate, ferme et autoritaire, peut transformer un voyou en bon soldat en à peine quelques mois.

Ils font partie de ces personnes pour qui le mot exotisme a bien évidemment un sens.

palmier

fonds de tiroir #4

Un fond de tiroir, voire plus, presque le truc qui s’est coincé entre deux tiroirs et qu’on a oublié là depuis un temps certain. Bref, allez savoir de quand cela date.

Tu l’entends le bruit des âmes qui se résignent ?

Le bruit absent des flocons dévalant du ciel.

Il neige sous mon crâne.

Je chasse les poussières de la semaine

d’un verre.

Tu le sens le souffle des corps qui renoncent ?

Le vent déçu a quitté le spectacle,

révélant les cendres blanches.

Blanches, bien sûr : un rien nous émerveille.

Tu le vois l’enfant qui se désintègre ?

Déjà le cynisme grince quelque part,

comme les palmiers, l’hiver,

ou comme des meringues stupides qu’on écrase.

 

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fonds de tiroir #3

Fonds de tiroir#3 (2007)

C’est sous les enseignes rouges que se matérialisent les résistances.

Contre le chavirement on se tient droit et souplement suspendu,

Au bord du vide, on demande sa place (aussi simplement que d’autres demandent leur route),

Et quelques regards, un peu d’attention autre que celle du miroir (à qui on dit, les yeux dans la transcription des yeux : « quoi, encore ? »).

Des retards de clémence à faire valoir, là, ici.

 

Les cendriers remplis les verres se vident

D’alcools trop forts, pour obliquer prêt à jaillir

Pour accepter de n’être ni perpendiculaire ni parallèle à l’horizon

Car cela se situe au niveau du tremblement

Des livres écornés au fond des poches.

Il faudrait un vrai piano,

Il faudrait une vraie nuit noire.

 

 

collioure caroussel

mais sur mes roulettes je peux danser, toi pas …

… dit la chansonnette.

Le come back actuel des 90s dans la culture pop est assez fantastique pour quelqu’un de mon âge (35 ans), car il permet de jouir de cette sensation incroyable que notre adolescence ringarde à base de Ewing Hi Top, de jogging en pilou-pilou et de body à épaulettes était en fait le summum de la hype. La récurrence de l’usage du patin à roulettes dans les clips vidéos me rappelle quant à elle cette malédiction qui veut que je sois la seule personne de ma famille à être totalement incapable de tenir debout sur des rollers, des patins à glace ou tout objet demandant un minimum d’équilibre et d’agilité. D’où peut-être ma fascination pour ces personnes qui savent faire la roue, le poirier, ou danser avec des patins à roulettes.

Retenez ce nom : Hiro Murai. Le réalisateur américain (et né au Japon) a signé ce magnifique clip de Chet Faker, pour son morceau Gold. Pour les plus geeks d’entre vous, Murai est également connu pour la réalisation des superbes vidéos de l’artiste Childish Gambino – aka Troy Barnes dans la série Community – Donald Glover de son vrai nom.

2014, année du patin à roulettes ? Pour chorégraphier les rythmes modern soul de The Heat, Jungle a fait appel à des professionnels-des-roues-pas-alignées, Icky and Silence, deux danseurs issus de la team anglaise de jam skating, la « High Rollaz UK Skate Crew »; ils sont ici mis en scène par Josh Lloyd-Watson, l’un des deux membres de Jungle, et le photographe Oliver Hadlee Pearch. Et ça dépote les bégonias.

Pour finir, j’avais envie de partager un oldies de 2009, une petite vidéo tokyoïte créée par la marque de streetwear et de planches à roulettes T19 Skateboards / FTC (toute jeune à l’époque) et réalisée par Tsutomu Murofushi. La luminosité surréaliste de cette ville en pleine nuit, la musique de LCD Sound System et ce quelque chose du plaisir de l’instant présent, cette manière d’être tout simplement ensemble, illustrent parfaitement le terme oldschool : « chiller », et m’hypnotisent toujours autant.