le printemps en septembre

Retour sur le Festival le Printemps de Septembre à Toulouse, quelques jours avant sa fermeture.

Après avoir célébré la performance lors de l’édition précédente (la 20ème), le festival, conduit par sa nouvelle directrice Anne Pontégnie, s’intéresse cette année à la thématique « un autre monde », rêverie de fond qui englobe des œuvres hétéroclites, dispersées dans les principaux lieux d’art de la ville, et de ses environs.

Le festival invite à la déambulation d’un espace à un autre, notamment lors des deux weekends d’expositions nocturnes. Cette année, peu de performances, de vidéos, de photos et de concerts, mais un retour vers la peinture, la sculpture, le dessin, pour des productions artistiques placées sous le signe de l’abstraction.

Pour Anne Pontégnie, l’idée motrice de l’édition est de « fédérer tous ces plasticiens qui travaillent avec des formes archaïques ou totémiques, des gestes primitifs ».

Place au minimalisme avec la contemplation de lueurs éthérées émanant d’autels grillagés, du Site Cube signé Haegue Yang, installé dans la chapelle du couvent des Carmélites, mais aussi au gigantisme avec Thomas Houseago et sa Large Standing Figure, dont la carrure robotique a ce quelque chose de dégingandé qui le rapproche des monstres de Miyazaki. Décrié par Emmanuelle Lequeux qui condamne dans Le Monde le « monstre boudiné posé dans la cour de la DRAC », Thomas Houseago n’en est pas à son premier revers ; en effet, il en fut de même pour la Biennale du Whitney Museum pendant laquelle il présentait son installation monumentale Baby (magnifique).

Il remporte toutefois une certaine forme d’adhésion (sur France Culture, la Dispute du 28/09/11) pour sa série de masques exposée aux côtés de gargouilles effrayantes dans le cloître du musée des Augustins. À l’étage, au détour d’un escalier, le visiteur découvre l’espièglerie de Annette Messager, et sa Danse du Scalp prenant naissance au bout des doigts de la Nymphe Chasseresse (ou Nymphe Courant) de Alexandre Falguière. L’artiste n’a pas vraiment fait parler d’elle, pourtant il se dégage de cette installation ce sentiment d’accessibilité typique de son travail de recherche, créant toujours une forme de complicité avec le public (a priori, qu’une artiste anti conformiste évoque le scalp dans la ville de naissance du S.C.A.L.P. ne serait que pure coïncidence…).

Choc(s) visuel(s) et incompréhension au Château d’Eau, lieu d’ordinaire dédié à la photographie, qui accueille d’une part les tapisseries kitch de Dom Robert, moine de la région, et en sous-sol See Weeds de Ei Arakawa, pour un parcours encombré de tasseaux et de bacs en plexi contenant une matière non identifiée.

Du coup, la photo a trouvé refuge plus loin, hors du Printemps de Septembre, avec le festival d’images ManifestO. Les travaux d’une quinzaine de photographes sont exposés dans des containers transformés en galeries éphémères, notamment certains clichés de qualité du Collectif du Grain à Moudre.

Tant qu’à évoluer hors des sentiers battus, autant faire escale à la Galerie EXPRMNTL pour découvrir Composition rythmique, une exposition de Atsunobu Kohira rassemblant installation, dessin, photographie et son. Dans de très beaux tirages argentiques, Atsunobu Kohira donne à voir le son et sa mise en mouvement grâce à un système de LED, fixées tantôt sur la baguette de direction d’un chef d’orchestre, parfois sur l’archet d’un instrument à corde. Les gestes ainsi mis en lumière s’additionnent, et composent des figures abstraites et turbulentes.

Passage éclair à l’espace EDF Bazacle pour entrevoir un Josh Smith prolixe mais pas toujours accessible, hésitation face à l’Ennemi du peintre d’Edith Dekyndt et ses complexes graphiques (ou l’inverse), perplexité devant les « biscuits » de Verena Hahn, et sympathie pour le Flow de Lilian Tørlen, ainsi que pour la coulée verte de Kirill Ukolov (0,2m3/h Galerie Lemniscate).

Bref, on regrettera le manque de valorisation des espaces urbains, un manque de surprise, d’insolite et d’inaccoutumé, pour une édition dont la programmation traduit fort bien l’engouement actuel pour les médiums classiques, les lieux clos et normés, et cette mode significative (mais espérons-le, temporaire) du façonnage d’objets artistiques faisant appel à des techniques issues des métiers d’art.

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