Groland à Toulouse (3)

3ème session – movie de la semaine. Au programme, deux films en compétition dans le FIFIGROTFestival International du Film Grolandais, deux OFNI (Objet Filmique Non Identifié) passablement fauchés, qui remettent le cinéma à sa place : au cœur de l’humain.

Tout d’abord, Heavy Girls (Dicke Mäedchen), un film intimiste de Axel Ranisch (Allemagne). Edeltraut (Ruth Bickelhaupt) n’a plus toute sa tête. Son fils, Sven (Heiko Pinkowski), lui consacre tout son temps libre ; il partage son quotidien avec elle, vit dans son appartement et va même jusqu’à dormir à ses côtés pour veiller sur elle. Sven est employé de banque. Lorsqu’il part au travail le matin, c’est Daniel (Peter Habner, impliqué dans le scénario), l’aide soignant à domicile, qui prend le relais. Un incident va rapprocher les deux hommes, qui se découvrent de tendres mais perturbants sentiments réciproques.

Axel Ranisch signe ici un superbe long métrage, réalisé avec 500 euros en poche, sans éclairage artificiel. Le jeu des acteurs est improvisé à partir de canevas de scénario, forme de jeu à nu qui magnifie l’innocence et la fragilité des rapports entre Daniel et Sven, captée en toute modestie par une caméra mini DV. À noter également la performance de Ruth Bickelhaupt (la propre grand mère du réalisateur), très touchante dans son rôle de femme, et une bande son très réussie, mise en relief par plusieurs compositions d’Antonín Dvořák.

Une amphore de coeur pour ce petit bijou !

(la projection était précédé de À Quoi ça sert de voter écolo ?, court métrage de Aure Atika, mais je vous demande d’oublier ce titre sur le champ)

Quel plaisir de voir deux films qui ont du slip dans la même journée ! Le soir même, j’assistais donc à la projection du Grand Tour, de Jérôme Le Maire, précédée du court de Philippe Donadille, Le Pont, qui valait bien le détour (et dont vous pouvez avoir un aperçu par ici).

Mais revenons-en à nos rognons (sauce madère). Le Grand Tour est un pari un peu fou : suivre une fanfare bidon dans ses pérégrinations, en attendant qu’un possible scénario se profile à l’horizon. Et ça marche ! Jérôme Le Maire a travaillé pendant trois ans avec les membres de la fanfare Rwayâl Prînten, sur une idée du « Président » de cette formation improbable, Vincent Solheid, artiste protéiforme et belge de talent, ou l’inverse, dont il faut absolument découvrir le travail en cliquant (surtout ma copine c4xrien, qui va adorer les statuettes religieuses). Le pitch est d’une simplicité toute grolandaise : une dizaine de musiciens de la fanfare décide de se rendre au «carnaval du monde» de Stavelot … à pieds, à travers bois, munis de leurs instruments, mais aussi de victuailles et d’étanches-soif. Mais la transhumance ne s’achève pas sur cette étape. Galvaudés par leur président, animés par un sentiment de liberté, les compères se remettent en marche vers de nouvelles aventures qui, de fêtes en fêtes, d’hectolitres de vin en kilos de fricadelles, se prolongeront sur plusieurs mois, et mettront à l’épreuve les liens d’amitié qui les unissent.

Entre fausses confessions à la caméra, vraie bière (et fausse cocaïne affirmera le réalisateur), Le Grand Tour switch d’une narration propre au documentaire à la fiction réalité. Et ça, ça dépote vraiment des bégonias.

NB : après avoir écrit ces lignes, j’apprends avec plaisir les résultats de la compétition du Festival International du Film Grolandais :

Amphore d’Or : le Grand Tour, Jérôme Le Maire

Amphore du public : Le Roi du Curling, Ole Endresen

Amphore des étudiants de l’ESAV : Heavy Girls, Axel Ranisch

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