montbrun

fonds de tiroir #2

Comme le titre « vendredi : vieilleries » comporte trop de -i, et que ma synesthésie rampante est décidément bien plus forte que ma volonté, je me vois dans l’obligation de renommer cette rubrique. « Fonds de tiroir » semble mieux convenir, et correspondre plus justement à ma situation actuelle, à laquelle il peut au passage faire un clin d’oeil, peu discret mais éventuellement efficace.

L’article du jour est un combo « tube du lundi » et « fonds de tiroir », puisque nous allons ici recommencer à nous intéresser à la-musique-dans-la-peau (pour l’heure, en mode bluesy), avant de pondre la reproduction d’un tâtonnement littéreux commis d’après notre archiviste aux alentours de l’an 2003 (et que l’auteur assume plus ou moins bien).

When I gin my little cotton I’m going to sell my seed / I’m gonna give my baby, everything she need

You know, I been in Texas and I been in Arkansas / But I never had a good time till I got to Illinois

Illinois Blues de Skip James raconte donc les périples des travailleurs qui se déplacent d’un état à un autre, et souligne au passage la dureté particulière du labeur dans l’Illinois.

Skip James est né dans une plantation du Mississippi au début du XXème siècle. Ouvrier dans le bâtiment, il participe à la construction de routes et de digues dans différents états américains, devient bûcheron, métayer, tout en suivant les traces de son père dans la contrebande de whisky. En 1931, à la suite d’un concours organisé par un disquaire pour le compte de la Paramount Records, il enregistre 26 titres sur le label (dont seulement 18 ont été retrouvés, et pour lesquels la Paramount lui verse 40$), notamment Illinois Blues, ici en version re-masterisée. Bad boy converti au baptisme, Skip James est ordonné pasteur l’année suivante et se consacre à la prédication. La scène blues revival redécouvrira son oeuvre dans les années 1960 et se passionnera pour sa technique de jeu très particulière, dont les spécialistes vont parleront bien mieux que moi.

En 2003, The Soul of a Man, film documentaire réalisé par Win Wenders (premier opus d’une série de sept documentaires produits par Martin Scorsese), retrace la vie de Skip James, Blind Willie Johnson et J.B. Lenoir. Entre interviews, documents d’archive et scènes jouées par des acteurs, plusieurs morceaux des trois talentueux musiciens sont réinterprétés par des artistes de la scène actuelle, notamment Alvin Youngblood Hart (le bien nommé). Vous pourrez apprécier sa version du classique dans la vidéo ici-bas.

Enfin, les auditeurs de FIP auront peut-être remarqué cette belle reprise de Illinois Blues par Djazia Satour, artiste que les fans de trip hop et de « world music » connaissaient déjà puisque toute jeune elle assurait les choeurs de son frangin pour Gnawa Diffusion, avant de monter le groupe MIG (avec entre autres LCB, Betoka et Shaolin). Reprise qui me rappelle l’ambiance musicale dans laquelle je baignais quand j’ai écrit la merdouille disponible tout au bas de cet article.

Djazia Satour

Alvin Youngblood Hart

Skip James

Fonds de tiroir #2

Elle était née aux abords du siècle des pudeurs ; siècle pornographique et vaniteux. Chacun démontrait, croyait, voulait rassembler autour des gamelles vides. Siècle de convictions, siècle pour convaincre.

Elle n’attendait plus d’événements salvateurs qui viendraient modifier le cours de son existence. Elle se contentait. Observait ces effondrements, dedans, sourds, audibles de soi seulement. Elle ressentait ce besoin de démission temporaire. Sa vie était un joli foutoir, sur lequel elle siégeait, pleine d’enthousiasme et passablement ennuyée.

Le temps n’était pas figé ou suspendu dans l’air … non. Image galvaudée. Le temps s’étirait. Elle le sentait. Les secondes passaient, lentement, les unes après les autres, chacune poussant l’autre, avec apparemment pas mal de difficulté.

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