Catégorie : reportage

vas-y, paye ton cierge !

Lundi dernier, je décidais sur un coup de tête d’aller passer une journée à Lourdes. Non qu’à force de digressions crypto religieuses sur les Lésions Dangereuses je me sois mis à m’identifier à mon personnage – Lampégie d’Orval – mais tout simplement parce que je n’y avais jamais mis les pieds et qu’en général, cela suffit à titiller ma curiosité.

Me voilà donc installée dans le train à destination de la ville sainte, direction Bayonne. Un rapide coup d’œil alentours me permit d’opérer un tri sélectif entre les voyageurs : s’ils ont en commun cette habitude incompréhensible de s’attacher des foulards autour du cou, ils n’attribuent pas à l’eau de source les mêmes vertus. Je savais déjà qui descendrait dans la même gare que moi.

Nous défilions au cœur du paysage midi pyrénéens. Je dépliais quelques feuilles de papier, imprimées avant mon départ : un pdf de présentation de la ville téléchargé sur le site de l’Office du Tourisme. Et tel le communiant s’étouffant avec sa première hostie, je m’étranglais à la rubrique « un peu d’histoire » – sous rubrique « ce qu’il s’est passé en 1858″… En effet, l’Office de Tourisme y résume les événements comme s’ils avaient réellement eu lieu ! Voilà, la vierge est apparue à Bernadette Soubirous* (Soubirou-birou hou). Et pas qu’une fois, mais 18. Pour de vrai.

OK. Je réceptionnais le triple salto arrière. Ce type d’établissements, ayant pour but la « gestion d’une activité de service public » (EPIC – Établissements Publics à Caractère Industriel et Commercial), a-t-il le droit de faire la promotion d’un culte en particulier? Mystère. L’Office de Tourisme répond certes à une mission de coordination des interventions des partenaires du développement touristique local (dans notre cas, les Sanctuaires de Lourdes), mais on pourrait attendre d’elle un peu plus de scepticisme, voire un peu de réserve quant à la véracité des apparitions mariales. Ou une tournure lexicale plus adaptée à la narration de légendes qu’à la rédaction de faits historiques. Mais passons.

Foulant pour la première fois le sol lourdais, je déambulais dans les rues commerçantes, suivant la foule, en me disant que les pèlerins devaient savoir où ils allaient. Sans étonnement, j’arrivais aux portes des Sanctuaires. À peine la grille passée, et tandis que je posais un genou à terre, non pour me prosterner mais pour prendre quelques clichés du champ de croix poussant sur la sainte pelouse, je sentais une présence dans mon dos. Que j’oubliais aussitôt, attirée telle une pie par « les arbres à chapelets » chatoyant non loin de là.

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La Basilique Notre-Dame-du-Rosaire se dressait devant moi. J’entrepris d’en gravir les marches puis, apercevant à tribord une rangée de distributeurs de médailles, je changeais d’avis, et faisais volte-face. Et tombais nez à nez avec un vigile en chair(e) et en os, qui devait me suivre depuis le départ. Il me regardait de biais, l’air tendu (aucune allusion sexuelle ici). À quoi s’attendait-il ? À ce que je profite d’une météo clémente pour me mettre seins nus, le visage encagoulé, clamant « free pussy riot ! » aux invalides venus traîner leurs pattes folles dans les parages, et en attente de quelques miracles ? Non, loin de moi l’idée, même si j’avais embarqué dans mon sac E.T. et Lapin Crétin, avec qui nous devions faire quelques photos de famille, projet avorté (aucune allusion militante par là) puisque la horde de GI du Christ décida de me filer le train sur la totalité du site, tout au long du Gave de Pau. La kontess’ était donc sous surveillance. Conseil : si vous vous rendez à Lourdes, évitez de mettre un sweet shirt à capuche. Et de faire des photos. Signez-vous dès que l’occasion se présente, et arborez un sourire niais (et non pas un rictus en coin).

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Escortée de la sorte, je passais devant la source de Lourdes, à laquelle les pèlerins peuvent étancher leur soif ou remplir une des petites fioles vendues à cet effet, et sur les distributeurs desquelles on peut lire des « offrandes conseillées » traduits dans toutes les langues, et assez péremptoires. Les sanctuaires de Lourdes, mais aussi la ville, sont ainsi jalonnés de troncs à offrandes (jusque dans les waters). Le lendemain de ma ballade, et quelques heures avant le début du Rosaire, gros pèlerinage annuel, le nouvel économe des Sanctuaires, Thierry Castillo, annonçait un déficit 1.066.000 € (sur un budget de 30 M d’euros) en 2011, ayant pour résultat un abandon immédiat des travaux en cours, des suppressions de postes saisonniers et un gel de l’embauche. Le tout massivement relayés par les médias. Lourdes a besoin de thune, et le fait savoir.

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Un peu plus loin, les pèlerins faisaient la queue pour passer dans la Grotte de Massabielle, et en toucher les murs. Déception : les vieilles béquilles qui y étaient accrochées jadis ont disparu. Plus de miracles à Lourdes. À défaut d’une véritable grotte il s’agit plutôt d’une alcôve dans la roche. La Basilique a été construite juste au-dessus, ce qui donne à l’ensemble une impression de décor en carton pâte. La promenade est très organisée : à la source, tu achètes la fiole, puis un cierge, tu fais la queue, tu touches la grotte, puis tu rejoints l’Allée des Cierges pour allumer ton cierge. Tu ne peux pas venir à Lourdes ? Qu’à cela ne tienne, tu seras un web-pèlerin, et ton cierge sera allumé à distance, non par une main divine mais par un employé des Sanctuaires (moyennant offrande – à partir de 3 euros – sur le site consacré. Options prière en ligne en envoi d’eau de Lourdes possibles itou).

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Vous l’avez compris, l’organisation des Sanctuaires n’a rien à envier à celle de Disneyland (je trouve d’ailleurs que la Basilique ressemble un peu au Château de Neuschwanstein), les personnages en peluche et les princesses en moins.

Et ce n’est rien comparé à ce qui vous attend à l’extérieur du site ; pour les parisiens, la comparaison avec les boulevards Barbès-Pigalle est immédiate : débauche d’enseignes kitch, marchandise à foison. Les commerçants n’ont pas été fort sympathiques à mon égard, répondant par la négative à mes demandes de prises de photo. Je reviendrai. Avec une jupe plissée, un serre-tête, et la carte de presse photoshopée d’un quelconque catho-mag.

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Lourdes, capitale du tourisme catholique, est aussi une charmante petite ville. Les amateurs d’enseignes années 1950 pourront se promener dans les ruelles un peu à l’écart du centre. Ils y verront aussi de charmantes petites épiceries dédiées aux achats de « provisions de voyage » (jolie expression désignant le viatique des religieux).

Pour conclure, pas de vision divine pour ma part, mais d’après le tableau des apparitions reconnues par le Vatican, c’est assez rares, quand même, même si des milliers de catholiques croient voir la vierge tous les ans. Que voulez-vous, l’hallucination est au fidèle ce que la zoopsie est à l’alcoolique notoire, ou la paréidolie à l’artiste.

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*dont le corps imputrescible, au visage intacte mais recouvert de cire (!), est exposé à Nevers. L’office de Tourisme nous raconte sur son site que le fait est incompréhensible pour les scientifiques (et aussi pour moi puisqu’un examen minutieux des ressources disponibles ne m’a pas permis de trouver le moindre écrit concernant d’éventuelles interventions de scientifiques sur la dépouille de Bernadette. Mais soit.).

MANIFESTO

ManifestO fête ses 10 ans !

Pour cette 10ème édition, le festival de photographies accueille pas moins de 10 invités d’honneur, auxquels s’ajoute une sélection de 10 nouveaux lauréats. La scénographie de l’événement permet aux visiteurs de déambuler d’un univers visuel à un autre à travers les structures disposées en semi-hémicycle au cœur du jardin du Grand Rond.

Côté guests, j’ai pu apprécier les travaux de Jean-Christian Bourcart, en immersion dans un camp de Port-au-Prince (Le camp, Haïti), les icônes fanées du One Star Hôtels de Gilles Favier, une vision pompéiesque du centro de São Paulo, signée Ludovic Carème, ou l’espièglerie des images recto-versum de Philippe-Gérard Dupuy.

Côté lauréats, mon attention s’est arrêtée sur une série de petits formats kitch et ruraux, Les peti­tes bottes ont de grands pieds de Julie Cerise, des paysages fin de mondistes pris dans l’ancien Berlin-Ouest avec la Teufelsberg (Montagne du Diable) de Marie Sommer, ainsi que sur Les héros de la Tintaine de Jacques Villière, qui zoome sur le phénomène des joutes lan­gue­do­cien­nes.

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ManifestO, Festival de Photographie de Toulouse, jusqu’au 6 octobre 2012

Programmation à découvrir par

Groland à Toulouse (Bonus)

Petite vidéo réalisée au péril de ma vie lors du bain de foule de notre Président, le seul, l’unique Christophe Salengro, entouré de 12 vierges et escorté par les Majoret’s de Blagnac … la petite troupe (5000 personnes) défilant sur les rythmes endiablés de l’incroyable batucada montalbanaise, les Houba Samba.

Groland à Toulouse (4)

Suite et fin de l’épopée grolandaise. Un rapide coup d’oeil aux trois derniers films que j’ai eu l’occasion de voir au FIFIGROT.

Opération Libertad de Nicolas Wadimoff (Suisse).

Genève, 1978. Luc (Jonathan Genet), étudiant en Art, rencontre les GAR (groupes autonomes révolutionnaires), menés par Guy (Laurent Capelluto). Fasciné par leurs convictions et leur verve politiques, Luc décide de suivre leurs actions, caméra à l’épaule. Le groupe, récemment armé, ânonne le braquage d’une agence zurichoise de la banque SBS/SBG, et enlève un agent de la dictature paraguayenne venu y déposer un joli magot, et blessé par mégarde. Mais le commando n’est pas encore au point et, faute d’anticipation et d’organisation, l’opération dérape.

Opération Libertad porte un regard neuf sur les instigateurs de l’action directe, leur engagement dans la lutte, et la confrontation à leurs propres limites morales. Les protagonistes sont interprétés, avec brio, par Natacha Koutchoumov, as Virginie (vue et appréciée il y a longtemps dans un super Shakespeare mis en scène par Abel Hakim), Nuno Lopes (Baltos), Stipe Erceg (Marko) et Karine Guignard, connue sous son nom de rappeuse, La Gale (Charlie). L’omniprésence de la voix du narrateur vient un peu gâcher ce huis clos atypique, mais on pardonne le réalisateur car il achève son film par No More Heroes des Stranglers.

Retour de la revanche de Quentin Dupieux, avec Rubber, précédé du court de Vladimir Koslov, Joyeux Noël Vladimir, qu’il faudrait projeter sur toutes les chaînes télé chaque 24 décembre. Oui, Wrong de Dupieux m’a légèrement déçu, mais il a réussi à regagner mon capital sympathie avec Rubber, l’histoire d’un pneu serial killer. Je n’en dirais pas plus, sauf que Jack Plotnick est encore formidable, et Stephen Spinella tout autant. Enfin, nous aurions du pouvoir rencontrer le réalisateur à l’issue de la projection, afin de lui poser toutes ces questions qui nous taraudent depuis (« Qu’est devenu le pneu après le tournage du film ? », « avez-vous utilisé un ou plusieurs pneu pendant le tournage ? », « quelles drogues prenez-vous et à quelle fréquence, je voudrais les mêmes »…).

Pour bien terminer mon FIFIGROT, je m’étais réservée une séance de Bouli Lanners, comédien de talent que j’ai eu l’occasion de croiser il y a quelques années sur un tournage en Belgique (je n’étais pas sur le plateau, mais plutôt du côté des cuisines de la cantine). Bouli Lanners est belge, parfois peintre, il s’est rendu célèbre en jouant dans les Snuls sur Canal+ Belgique. Il a prêté sa voix pour Picpic et André, et Panique au Village. Et a réalisé pas mal de films. Bref, Bouli déchire. Et il le prouve avec Les Géants.

Le Peach (Pit) est le suivant : Zak (Zacharie Chasseriaud) et Seth (Martin Nissen) doivent passer l’été à la campagne, dans la maison de leurs grands-parents, tous deux décédés. Au téléphone, leur mère promet de venir les chercher bientôt, mais pas tout de suite. Errant à travers champs, dans la vieille bagnole qu’ils ont réussi à faire démarrer, ils rencontrent un autre ado, Dany (Paul Bartel), aussi désœuvré qu’eux. Ils tuent le temps ensemble, achètent de la beuh chez Bœuf (Didier Toupy), le dealer du coin. L’argent venant à manquer, Zak et Seth décident de louer leur maison au dealer, pour ses trafiques, mais ils se retrouvent vite dépassés par les événements.

Dans Les Géants, Bouli Lanners pose un regard contemplatif sur le monde rural, et sur ces ados dont les parents ont démissionné. Tout se dit dans un silence, ou dans des échanges de regards ; on retrouve ici la volonté de Bouli Lanners de faire du « cinéma d’auteur populaire » (Entretien Télérama – Dans les pas des “Géants” avec Bouli Lanners). Les trois jeunes acteurs sont totalement investis par leurs personnages, et donnent à voir cet ennui, entrecoupé d’instants de folle énergie, propre à l’adolescence.

Belle découverte musicale également, avec la bande son réalisée par The Bony King of Nowhere.