Mots-clé : Festival international du Film Grolandais

Groland à Toulouse (4)

Suite et fin de l’épopée grolandaise. Un rapide coup d’oeil aux trois derniers films que j’ai eu l’occasion de voir au FIFIGROT.

Opération Libertad de Nicolas Wadimoff (Suisse).

Genève, 1978. Luc (Jonathan Genet), étudiant en Art, rencontre les GAR (groupes autonomes révolutionnaires), menés par Guy (Laurent Capelluto). Fasciné par leurs convictions et leur verve politiques, Luc décide de suivre leurs actions, caméra à l’épaule. Le groupe, récemment armé, ânonne le braquage d’une agence zurichoise de la banque SBS/SBG, et enlève un agent de la dictature paraguayenne venu y déposer un joli magot, et blessé par mégarde. Mais le commando n’est pas encore au point et, faute d’anticipation et d’organisation, l’opération dérape.

Opération Libertad porte un regard neuf sur les instigateurs de l’action directe, leur engagement dans la lutte, et la confrontation à leurs propres limites morales. Les protagonistes sont interprétés, avec brio, par Natacha Koutchoumov, as Virginie (vue et appréciée il y a longtemps dans un super Shakespeare mis en scène par Abel Hakim), Nuno Lopes (Baltos), Stipe Erceg (Marko) et Karine Guignard, connue sous son nom de rappeuse, La Gale (Charlie). L’omniprésence de la voix du narrateur vient un peu gâcher ce huis clos atypique, mais on pardonne le réalisateur car il achève son film par No More Heroes des Stranglers.

Retour de la revanche de Quentin Dupieux, avec Rubber, précédé du court de Vladimir Koslov, Joyeux Noël Vladimir, qu’il faudrait projeter sur toutes les chaînes télé chaque 24 décembre. Oui, Wrong de Dupieux m’a légèrement déçu, mais il a réussi à regagner mon capital sympathie avec Rubber, l’histoire d’un pneu serial killer. Je n’en dirais pas plus, sauf que Jack Plotnick est encore formidable, et Stephen Spinella tout autant. Enfin, nous aurions du pouvoir rencontrer le réalisateur à l’issue de la projection, afin de lui poser toutes ces questions qui nous taraudent depuis (« Qu’est devenu le pneu après le tournage du film ? », « avez-vous utilisé un ou plusieurs pneu pendant le tournage ? », « quelles drogues prenez-vous et à quelle fréquence, je voudrais les mêmes »…).

Pour bien terminer mon FIFIGROT, je m’étais réservée une séance de Bouli Lanners, comédien de talent que j’ai eu l’occasion de croiser il y a quelques années sur un tournage en Belgique (je n’étais pas sur le plateau, mais plutôt du côté des cuisines de la cantine). Bouli Lanners est belge, parfois peintre, il s’est rendu célèbre en jouant dans les Snuls sur Canal+ Belgique. Il a prêté sa voix pour Picpic et André, et Panique au Village. Et a réalisé pas mal de films. Bref, Bouli déchire. Et il le prouve avec Les Géants.

Le Peach (Pit) est le suivant : Zak (Zacharie Chasseriaud) et Seth (Martin Nissen) doivent passer l’été à la campagne, dans la maison de leurs grands-parents, tous deux décédés. Au téléphone, leur mère promet de venir les chercher bientôt, mais pas tout de suite. Errant à travers champs, dans la vieille bagnole qu’ils ont réussi à faire démarrer, ils rencontrent un autre ado, Dany (Paul Bartel), aussi désœuvré qu’eux. Ils tuent le temps ensemble, achètent de la beuh chez Bœuf (Didier Toupy), le dealer du coin. L’argent venant à manquer, Zak et Seth décident de louer leur maison au dealer, pour ses trafiques, mais ils se retrouvent vite dépassés par les événements.

Dans Les Géants, Bouli Lanners pose un regard contemplatif sur le monde rural, et sur ces ados dont les parents ont démissionné. Tout se dit dans un silence, ou dans des échanges de regards ; on retrouve ici la volonté de Bouli Lanners de faire du « cinéma d’auteur populaire » (Entretien Télérama – Dans les pas des “Géants” avec Bouli Lanners). Les trois jeunes acteurs sont totalement investis par leurs personnages, et donnent à voir cet ennui, entrecoupé d’instants de folle énergie, propre à l’adolescence.

Belle découverte musicale également, avec la bande son réalisée par The Bony King of Nowhere.

Groland à Toulouse (3)

3ème session – movie de la semaine. Au programme, deux films en compétition dans le FIFIGROTFestival International du Film Grolandais, deux OFNI (Objet Filmique Non Identifié) passablement fauchés, qui remettent le cinéma à sa place : au cœur de l’humain.

Tout d’abord, Heavy Girls (Dicke Mäedchen), un film intimiste de Axel Ranisch (Allemagne). Edeltraut (Ruth Bickelhaupt) n’a plus toute sa tête. Son fils, Sven (Heiko Pinkowski), lui consacre tout son temps libre ; il partage son quotidien avec elle, vit dans son appartement et va même jusqu’à dormir à ses côtés pour veiller sur elle. Sven est employé de banque. Lorsqu’il part au travail le matin, c’est Daniel (Peter Habner, impliqué dans le scénario), l’aide soignant à domicile, qui prend le relais. Un incident va rapprocher les deux hommes, qui se découvrent de tendres mais perturbants sentiments réciproques.

Axel Ranisch signe ici un superbe long métrage, réalisé avec 500 euros en poche, sans éclairage artificiel. Le jeu des acteurs est improvisé à partir de canevas de scénario, forme de jeu à nu qui magnifie l’innocence et la fragilité des rapports entre Daniel et Sven, captée en toute modestie par une caméra mini DV. À noter également la performance de Ruth Bickelhaupt (la propre grand mère du réalisateur), très touchante dans son rôle de femme, et une bande son très réussie, mise en relief par plusieurs compositions d’Antonín Dvořák.

Une amphore de coeur pour ce petit bijou !

(la projection était précédé de À Quoi ça sert de voter écolo ?, court métrage de Aure Atika, mais je vous demande d’oublier ce titre sur le champ)

Quel plaisir de voir deux films qui ont du slip dans la même journée ! Le soir même, j’assistais donc à la projection du Grand Tour, de Jérôme Le Maire, précédée du court de Philippe Donadille, Le Pont, qui valait bien le détour (et dont vous pouvez avoir un aperçu par ici).

Mais revenons-en à nos rognons (sauce madère). Le Grand Tour est un pari un peu fou : suivre une fanfare bidon dans ses pérégrinations, en attendant qu’un possible scénario se profile à l’horizon. Et ça marche ! Jérôme Le Maire a travaillé pendant trois ans avec les membres de la fanfare Rwayâl Prînten, sur une idée du « Président » de cette formation improbable, Vincent Solheid, artiste protéiforme et belge de talent, ou l’inverse, dont il faut absolument découvrir le travail en cliquant (surtout ma copine c4xrien, qui va adorer les statuettes religieuses). Le pitch est d’une simplicité toute grolandaise : une dizaine de musiciens de la fanfare décide de se rendre au «carnaval du monde» de Stavelot … à pieds, à travers bois, munis de leurs instruments, mais aussi de victuailles et d’étanches-soif. Mais la transhumance ne s’achève pas sur cette étape. Galvaudés par leur président, animés par un sentiment de liberté, les compères se remettent en marche vers de nouvelles aventures qui, de fêtes en fêtes, d’hectolitres de vin en kilos de fricadelles, se prolongeront sur plusieurs mois, et mettront à l’épreuve les liens d’amitié qui les unissent.

Entre fausses confessions à la caméra, vraie bière (et fausse cocaïne affirmera le réalisateur), Le Grand Tour switch d’une narration propre au documentaire à la fiction réalité. Et ça, ça dépote vraiment des bégonias.

NB : après avoir écrit ces lignes, j’apprends avec plaisir les résultats de la compétition du Festival International du Film Grolandais :

Amphore d’Or : le Grand Tour, Jérôme Le Maire

Amphore du public : Le Roi du Curling, Ole Endresen

Amphore des étudiants de l’ESAV : Heavy Girls, Axel Ranisch

Groland à Toulouse (2)

Deuxième session consacrée au Festival International du Film Grolandais. Hier, visionnage de deux films présentés en dehors de la compétition, mais qui valent leur pesant d’amphore.

En fin d’après-midi, me voilou à la projection de La vierge, les coptes et moi de Namir Abdel Messeeh (France, Égypte, 2012). Tout commence le jour où la maman de Namir voit la vierge. Sur une cassette VHS. Namir part alors en Égypte pour réaliser un film sur ces phénomènes d’apparition, récurrents dans le pays. Ses investigations le mènent tout d’abord au Caire. En quête de témoignages, il se confronte au silence des personnes interrogées, ses recherches piétinent, et les hauts responsables de la communauté copte ne semble pas vouloir coopérer. Débutant sous la forme d’un documentaire, le film se rapproche peu à peu de l’autofiction ; de nombreux éléments sont mis en scène (intervention de la mère de Namir, conversation avec son producteur), on ne sait plus très bien où l’on est. La Vierge, les coptes et moi dérape tout à coup quand Namir atteint le village maternel, près d’Assiout, en Haute Égypte (au sud du pays). On ne parle plus de la vierge, mais de lui, de son enfance, de son déracinement. Les membres de sa famille deviennent acteurs de l’histoire, et sauvent ce documentaire raté sur le culte marial, qui était peut-être tout simplement un film. Namir Abdel Messeeh signe ici un très beau premier long métrage, espiègle, décalé, qui pose un regard sondant la position de de l’artiste au sein de la cellule familiale.

Sortie du film à 19h30. Avant d’enquiller sur une seconde séance, et pour me remettre d’être tombée nez à nez avec Jean Luc Lahaye, suivi de près par Richard Anconina (WTF ? casting de la Nouvelle Star ? promotion de la tournée « Âge tendre et tête de bois » à la FNAC ?*), je vais boire un petit café (une mauresque au Filochard), puis rejoins mon ami Jean Amédée, expert-comptable**, pour deviser autour d’un repas macro bio à la cantine végétarienne du coin (rillette-entrecôte-pinot noir au Peyrolières).

Restaurés en ragaillardis par cette collation équilibrée, nos taux respectifs de gamma GT et de cholestérol ayant retrouvé la stabilité qui leur est propre, nous nous acheminons vers la rue Montardy où nous découvrirons Wrong, de Quentin Dupieux, projeté dans le cadre de la Tri-Trilogie du Festival. Le synopsis est très simple : Jack Plotnick, alias Dolph, a perdu son chien, Paul. Et on ne va pas tarder à apprendre qu’il a été kidnappé par un mystérieux personnage, maître Chang, gourou auteur d’ouvrages sur la télépathie canine. Ok. C’est parti pour un nouveau scénario barré signé Dupieux. L’intérêt de Wrong réside avant tout dans son protagoniste, Dolph, et son immobilisme face à des problèmes simples et pourtant insurmontables. Dolph subit le monde extérieur et les forces qui l’animent, incapable d’empêcher une femme qui a décidé, sur un malentendu, de s’installer chez lui, incapable de s’empêcher de se rendre au bureau tous les matins, alors qu’il a été licencié il y a trois mois. Le film accumule les trouvailles, a priori volontairement non abouties, le casting y est assez inégal, de même que le traitement des personnages. À voir pour la performance de Jack Plotnick.

* en promotion du film Star 80, après recherches

**des noms et des fonctions ont été changés